Récemment, une étude réalisée à la demande de Xerox par Forrester Consulting auprès de 1.600 cadres dans 16 pays, a posé la question suivante : 'L'Europe est-elle prête pour les jeunes du millénaire?' Les jeunes du millénaire ? Oui ou si vous vous préférez, les "millenials", ceux qui sont nés dans les années 1980 et qui arrivent dans leur troisième décennie.
La réponse en tout cas est négative. D'après l'étude, les entreprises en Europe ont encore un long chemin à faire avant de comprendre les besoins et les méthodes de travail des jeunes travailleurs de la nouvelle génération. Pourquoi ? Parce que, toujours selon l'étude, ils ont grandi à l'ère du numérique.
Certes, d'importants progrès ont été accomplis pour prendre en compte la demande croissante de flexibilité et d'équilibre vie privée/vie professionnelle. Mais les travailleurs ne bénéficient toujours pas des outils et d'une infrastructure collaboratives dont ils ont besoin pour être efficaces.
Un pourcentage étonnement élevé d'entreprises permettent à leurs employés de travailler selon des horaires flexibles (76%) ou de travailler en dehors de leur bureau occasionnellement (67%).
Cependant peu d'organisations fournissent les outils de la génération "millennial" nécessaires au travail à distance, à moins que ceux-ci ne soient déjà bien ancrés dans les pratiques. En fait, les téléphones mobiles et les ordinateurs portables sont les seules technologies mobiles que de nombreuses entreprises fournissent tandis qu'une petite minorité équipe les travailleurs avec des outils comme des PDA (11%) et des équipements de messagerie mobiles (10%).
Seuls 39% des cadres collaborent via le Web avec leurs fournisseurs et partenaires pour le développement de produits et de services. Enfin, 52% d'entre eux n'ont pas l'intention d'utiliser ces outils.
Un parallèle semble se dégager quand il s'agit des méthodes de travail et de l'infrastructure du système d'information. Les portails web et les systèmes d'impression en libre accès sont des ressources dont la plupart des travailleurs disposent (61%). Cependant, à peine 5% des participants ont déclaré que leur entreprise leur fournissait des lecteurs MP3/4 et seuls 15% d'entre eux ont accès aux vidéos en ligne. Bon, pour l'aspect productivité, on repassera, mais il paraît que le son et l'image ont un impact hautement éducatif sur le personnel.
Patrick Murciani, directeur général de Xerox Belgique-Luxembourg, réagit ainsi : "Les entreprises qui ne prendront pas en compte les nouveaux besoins essentiels des travailleurs dans une société continuellement en ligne et fourmillant d'informations seront désavantagées. Elles vont devoir lutter pour retenir leurs nouveaux diplômés et pour comprendre les besoins des générations de partenaires et de clients à venir." Il poursuit en ajoutant : "L'une des raisons principales expliquant qu'un petit nombre d'entreprises seulement ont réussi à adapter leur environnement de travail aux besoins de la génération "millennial" réside dans le fait qu'une proportion de décideurs n'a pas grandi avec les blogs, les vidéos en ligne, les PDA, etc. Ces outils étant tous nouveaux aux yeux de certains d'entre eux, il leur faudra un certain temps pour s'y adapter. Pour la génération "millennial", ils font partie de la vie de tous les jours - ils les utilisent sans y penser. Les départements RH et formation devraient s'assurer que tous les cadres, indépendamment de leur âge se familiarisent avec les outils les plus populaires auprès de la génération "millennial". Il ne suffit pas de reconnaître les différences de style de travail entre les générations et de mettre en place ce qui serait utile à vos yeux."
Hervé Farret, responsable du recrutement, complète : "Les Millenials sont habitués à recevoir de l'information qui vient de partout, en permanence. Ils sont multitâche, travaillent par petites unités en P2P. Ce sont des gens qui sont à l'aise avec le changement et la logique floue. Ils veulent tout, tout de suite, comme la réponse à un e-mail. Ils aiment les informations synthétiques".
L'étude suggère aux entreprises d'entreprendre les actions suivantes :
- créer des opportunités de communication axée sur les nouvelles technologies;
- favoriser des expériences de travail impliquant la collaboration;
- introduire rapidement de nouvelles technologies tout en étant conscient de l'élément humain.
Cela étant, beaucoup d'observateurs de cette nouvelle génération tempèrent un peu ces constats. Les "millenials" en effet, se caractérisent aussi par deux traits spécifiques :
- une certaine déconnexion des fondamentaux du travail comme ils ont été forgés dans les derniers siècles; sans être passéiste, il faut noter que toutes les pratiques industrielles, managériales, etc. sont loin d'être dépassées et ne peuvent être balayées d'un revers de main sous prétexte de nouvelles technologies et autres "entreprise 2.0"; on le sent bien dans l'apprentissage, la gestion du temps, la capacité d'entreprendre des projets de longue haleine, etc.
- une approche des technologies de l'information et de la communication qui manque encore de profondeur; à tel point que celles et ceux qui ont été formés à la "vieille école" (celle du terminal, de la ligne de commande, du Basic, etc.) sont souvent plus à l'aise avec l'Internet qu'ils sont capables de resituer dans une continuité historique.
Bref, la question n'est simple. Cette génération des "millenials" est plus à considérer comme un signe, à savoir que les technologies de l'information ont définitivement bouleversé des pratiques séculaires. Comme tout changement de cet ordre, il n'est ni bon ni mauvais. Tout dépendra comment les hommes agiront, et pas seulement dans le sens soulevé par cette étude de Forrester Consulting.
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